Le crowdfunding au secours des festivals ? (5/7)

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Cet été, période phare des festivals et autres manifestations culturelles, Good Morning Crowdfunding vous propose un dossier spécial sur le rôle du crowdfunding dans le financement des festivals, sujet ô combien sensible dans un contexte de baisse générale des aides publiques.


Crowdfunding et festivals

Episode 5 : Interview de Philippe Badey, Responsable communication du festival BIM!, le premier festival 100% web dédié aux musiques actuelles, en campagne de crowdfunding sur KissKissBanBank. 

Les épisodes précédents :

bim

  • Comment s’est passée votre campagne de crowdfunding pour le festival BIM! ?

Notre campagne ne s’est pas passée comme on l’espérait. On a récolté que 42% de notre objectif et il ‘agissait essentiellement de notre premier cercle. On a été obligé de rajouter de l’argent de notre poche pour clôturer la campagne.

On a souhaité aller jusqu’au bout car notre idée s’intègre dans une démarche plus large. Effectivement, on aurait aimé que ça se passe bien. On visait même le troisième pallié avec l’objectif des 35 000 euros. Mais on ne pouvait pas arrêter la campagne et il fallait prendre une décision à un moment. On a commencé à créer une communauté autour du projet et des groupes de musiciens ont commencé à nous contacter pour participer au festival. On s’est dit qu’il ne fallait pas s’arrêter là et faire, dans un premier temps, l’événement au minimum et une fois que les personnes verront sur pièce ce que cela donne, on pourrait leur donner envie de nous aider davantage.

Même si on ne compte pas faire une campagne de crowdfunding l’année prochaine, on reste ouvert pour en faire une dans le futur. On attend de voir comment va se passer l’événement et et on peut trouver aussi d’autre moyen pour se développer que le financement participatif.

BIM!

  • Comment expliquez-vous que le concept novateur de BIM! n’est pas pris ?

C’est très paradoxal. On a eu un nombre de vue sur la page de KissKissBankBank complètement hallucinant et ça n’a pourtant pas converti. Ce qu’on en a déduit c’est, d’une part, que le projet était trop complexe et d’autre part, on était sur quelque chose de virtuelle.

On propose des concerts à écouter en live, en audio, c’est quelque chose que les personnes imaginent assez mal. On a le sentiment, comme les journalistes, qu’il y avait une logique de se dire on va voir ce que ça va donner pour voir si ça m’intéresse. Habituellement, sur des campagnes de financement participatif, on est sur quelque chose de concret donc on sait ce qu’on achète. On est aussi sur des projets connus pas très innovant en tout cas pas dans l‘innovation d’usage. Ça touche ou ça ne touche pas mais la décision est assez simple contrairement à notre projet. Même des personnes qui étaient susceptibles d’être intéressé, le fait qu’on propose quelque chose de neuf où ils n’avaient aucun repère a été un frein à la campagne.

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BIM!

  • Qu’est-ce qui vous a poussé à lancer une campagne de crowdfunding pour votre projet ?

Le festival BIM! a un statut particulier contrairement aux autres festivals. Nous ne sommes pas des organisateurs de festivals mais on coordonne et met à disposition des concerts dans une version web et numérique. On ne programme pas les groupes. Ils ont leurs dates et on vient simplement capter les concerts et on les diffuse. On est surtout dans l’innovation.

Pour cela, il y avait un aspect lié à une étude de marché pour voir les réactions en face. C’est là-dessus où le résultat est mitigé car le projet intéressait les internautes comme les groupes mais dans le passage à l’acte, pour mettre une dizaine d’euros par exemple, ça ne marchait pas.

Il y avait l’envie évidemment de monter l’évènement, toujours dans cette démarche plus large d’essayer de réfléchir à des problématiques de recréation et de redistribution de valeurs un peu différente dans le monde de la musique pour que les petits acteurs puissent aussi retrouver une certaine forme d’économie, si ce n’est viable, en tout cas un peu plus rémunératrice. Cette idée collait bien avec le crowdfunding car il y avait cette idée de devenir tous co-acteur du projet. Nous on le portait avec les groupes qu’on avait sélectionnés et on s’adressait à la base des fans – et élargit -de ces groupes pour nous aider à financer l’événement.

BIM!

  • Pour vous, est-ce que le crowdfunding est un mode de financement alternatif pertinent voir un modèle économique stable pour financer les festivals en France face à la baisse des subventions ? Si oui, pourquoi ?

Je suis mitigé sur la question. Trop de crowdfunding tue le crowdfunding. Je vois passer beaucoup de campagnes sur Facebook et il y en a forcément qui passe au travers car on ne peut pas donner pour chaque campagne. Au-delà des festivals et de la baisse des subventions, c’est un mode de financement que je trouve intéressant mais qui en même temps ralenti car on commence à en avoir trop. On est submergé par le crowdfunding.

Par rapport aux festivals, je vois qu’il y en a beaucoup qui se mettent à faire de l’early bird, un principe de pré-achat, qui est aussi pertinent que le financement participatif.

D’autre part, j’ai le sentiment que la problématique du crowdfunding est qu’on s’adresse principalement à des personnes de notre premier et deuxième cercle. C’est difficile d’atteindre le troisième cercle sauf si on a un projet qui d’un seul coup explose, soit parce qu’il est complètement en phase avec les attentes du moment, soit parce qu’il y a un énorme coup de pub dessus. Un festival comme les Eurockéennes, ça va forcément les aider car ils ont déjà une base de fans importante. Sur des petits festivals, à l’autre bout de la France, je ne suis pas certain que cela va les aider beaucoup.

Je crois en la générosité mais je ne crois pas que la générosité puisse être un modèle économique.

BIM!

  • Quels sont les conseils, en tant que porteur de projet, que vous pouvez donner aux festivals qui souhaitent passer par une campagne de crowdfunding ?

Par rapport aux erreurs qu’on a pu faire, je peux dire qu’il faut être le plus simple et le plus direct possible dans son message. Un objectif, un message.

Ça peut paraître bizarre mais je pense qu’il faut éviter l’humour. Nous on s’adressait à une population plutôt jeune et branchée musique mais j’ai l’impression que dès lors où ils arrivent sur une campagne de crowdfunding, il faut qu’il y ait un mode d’explication très scolaire, très simple. Quand on commence à faire de l’humour, il peut vite y avoir de mauvaises interprétations.

Il faut rester sur un modèle basique simple, clair et efficace, sans fioritures. L’essentiel.

Mardi, rendez-vous pour le prochain épisode avec l’interview de Marie Tretiakow, la Coordinatrice générale de Proarti. 

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À propos de l’auteur

Journaliste web Actuellement en deuxième année à l'EFJ Paris en journalisme plurimédia, je me suis dirigée vers des études de journalisme, tout naturellement, me laissant guider par mon envie d'écrire. Passionnée de musique, j'aime tout ce qui touche à la culture de près ou de loin. Ma première expérience à Good Morning Crowdfunding m'a permis de découvrir le milieu du crowdfuding, un univers riche, dynamique et sympathique.

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  1. Pingback: Le crowdfunding, une alternative au système bancaire – Mathilde Moaty – Cycle urbanisme 2016-2017: Nos chroniques

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