Crowdfunding et musique classique [Épisode 7]

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Episode 7 : L’utilisation crowdfunding pour la musique classique : récap des épisodes précédents et perspectives.

François Sechet crowdfunding musique classique

 

Si l’on résume les épisodes précédents, le crowdfunding par rapport à la musique classique c’est :

1. Un lien plus fort entre contributeurs et porteurs de projets en musique classique. La possibilité de mieux cerner les attentes de ce (futur) public et de procéder à moindre frais à un test de marché. 

2. Un cœur de cible, pour la musique classique qui semble tout à fait se prêter aux spécificités de ce nouveau mode de financement puisqu’il s’agit majoritairement de fans très fidèles et sensibles à une démarche de rapprochement avec l’artiste, l’ensemble ou l’institution productrice de concerts. Mais un public qui, s’il agrège du contenu sur la musique classique, n’a pas forcément totalement cette « culture d’Internet » bien qu’il l’amènerait à tomber sur des plateformes de crowdfunding et à donner en confiance. Le public plus « jeune », de son côté, n’est pas encore totalement touché par une campagne de crowdfunding pour un projet en musique classique car la communication faite sur celles-ci n’est pas suffisamment accrocheuse et/ou adaptée aux spécificités de la webcommunication. Il reste encore un peu de travail de ce côté pour les porteurs de projet en musique classique pour incarner d’avantage la posture d’un entrepreneur en recherche de fonds sur Internet…

3. Côté musique classique, le crowdfunding est pour le moment majoritairement connu sous sa forme « don contre don » : un énorme travail de pédagogie en vue d’une meilleure compréhension de tous les aspects novateurs de la finance participative et de ses atouts doit être mis en œuvre.

4. Comme le notifie le rapport Lescure, le crowdfunding ne constitue à ce stade qu’une source de financement complémentaire pour la création et son potentiel économique reste encore limité du fait du cadre juridique à clarifier.

5. Les projets qui se prêtent le mieux à une campagne de crowdfunding  s’inscrivent majoritairement dans une démarche d’autoproduction, de lancement de l’activité, de professionnalisation ou de financement d’un projet « marginal », ce qui ne nécessite en général pas d’appel de fonds de montants trop importants. On comprends ainsi que les montants levés lors de campagne de crowdfunding en musique classique ET en France entrerait difficilement en adéquation avec d’autres institutions (type grande salle de concert ou festival bien établi) dont les budgets, substantiellement plus élevés, et la nécessité d’une anticipation à horizon trois ans crée une disproportionne notable entre le montant dégagé par une campagne de crowdfunding et le temps consacré.

6. En outre, on notera que les talents découverts dans le cadre de projets de crowdfunding réintègrent en général des circuits de production plus classiques lorsqu’ils souhaitent développer leur carrière. Le savoir-faire des intermédiaires traditionnels, éditeurs et producteurs, reste donc crucial.

Ainsi, aujourd’hui, la démarche du crowdfunding paraît être un premier pas vers une évolution du rapport au public et au financement de l’activité dans une logique plus comparable à ce qu’il se pratique déjà dans les pays anglosaxons (aller chercher des investisseurs particuliers, des business angels, se confronter au marché). Bien que le crowdfunding contribue à aller dans le sens d’une diversification des sources de financement en France, vers un rééquilibrage entre les financements publics et privés, il convient d’être mesuré par rapport à l’apport financier que peut pour le moment apporter le financement participatif au milieu de la musique classique compte tenu notamment du rapport symbolique qu’entretiennent les citoyens à la culture en France. Il semble nécessaire, pour que le crowdfunding prenne son essor et soit davantage employé dans le secteur de la musique classique, voire de la culture en général, en France, qu’une réflexion globale soit faite sur la façon de produire un événement et de le financer.

Le crowdfunding nous appelle donc, à plus large échelle, à se poser des questions d’ordre sociétal voire éthique : la culture doit-elle, en France, être laissée aux lois du marché et financée par les particuliers ?

 

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À propos de l’auteur

“Terminant un Master professionnel de Gestion et d’Administration de la musique à Paris IV – Sorbonne, je réalise un mémoire sur l’intérêt du financement participatif pour la musique classique. Ce mémoire s’inscrit dans une démarche plus globale : je suis convaincue qu’un rapprochement entre culture et économie en vue de créer une dynamique d’échange, poursuivre des intérêts communs, créer des façons alternatives, innovantes de produire et financer des événements profondément inscrits dans les besoins d’un territoire, pour des citoyens, constitue un avenir durable et pertinent pour la culture, pilier d’une société.”

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