Crowdfunding et musique classique [Épisode 2]

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Episode 2 : Miroir, mon beau miroir, dis-moi quelle est la meilleure plateforme pour lancer mon projet en musique classique…

photo art 2 - F. Sechet

MyMajorCompany, Indiegogo, Babeldoor, KissKissBankBank, Ulule, Fondatio, Kickstarter… Comment ça j’arrête, la tête vous tourne déjà ?

Si sur le territoire français, le financement participatif dans la sphère de la musique enregistrée a été popularisé grâce au succès du premier artiste financé de MyMajorCompany, (le chanteur Grégoire) aujourd’hui, les plateformes de crowdfunding fleurissent. Or, si je me mets dans la peau d’un porteur de projet ayant un super projet de musique classique à proposer aux internautes, il n’est pas évident de faire le tri. Comment je m’y prends, alors ?

Plusieurs points à prendre en considération et questions à se poser :

1. Le type de crowdfunding le plus approprié pour mon projet. En somme, cela revient à se poser la question du type de financement que j’attend et de la relation que je veux nouer avec l’internaute, contributeur : suis-je prêt à ce que mon contributeur prenne part au capital de mon entreprise pour mon projet ou est-ce que je préfère plutôt qu’il soit un mécène (don, don contre contrepartie) ou qu’il soit coproducteur (don contre contrepartie avec retour sur investissement)…

2. La ligne « éditoriale », les valeurs portées par la plateforme : est-ce que cela pourrait coller avec mon projet ? Est-ce qu’elle porte des campagnes dans un domaine similaire à celui de mon projet ? Si oui, combien y en a t-il eu, combien de collectes ont abouti et pour quel montant demandé ?

Qui plus est, se poser ces questions permet de faire un petit test de marché : si une idée similaire à la mienne a déjà été présentée, peut-être pourrais-je envisager de revoir ma copie, tout dépend du degré de similarité…

Bien que cela paraisse évident, il ne sert à rien de proposer un projet musical sur une plateforme qui ne présente que des projets technologiques ou scientifiques, par exemple… Question de public, d’identification… Il serait dommage de perdre une partie des futurs contributeurs juste parce que l’on n’est pas au bon endroit tout de même, non ?

Et pour les entêtés qui pourraient persister à croire que ce serait mieux sur une plateforme qui ne propose pas de projets musicaux… non, on ne vous prendra pas pour un original innovant et vous n’aurez pas plus de chances de réussir « justement » parce que vous êtes tout seul dans votre genre sur la plateforme : quand vous cherchez des tomates, vous allez les chercher au rayon yaourt, vous ?

(au cas-où justement, il y en aurait de bien plus originales là-bas et que vous seriez le premier à les découvrir) ?

3. La popularité de la plateforme et le pourcentage pris à la collecte : l’objectif est que votre collecte soit une réussite, non ? Une estimation du nombre de visiteurs sur la plateforme (flux entrant), de sa popularité et de son assise dans le paysage du financement participatif s’impose : si la plateforme est lancée depuis très peu de temps, soit vous prenez le risque qu’elle n’ait pas encore une audience notable établie et y proposez votre idée quand même, soit vous passez votre chemin en attendant qu’elle fasse ses preuves (dures lois du marché…). Enfin, une très grande partie des plateformes fonctionne sur un modèle économique de pourcentage pris à la collecte, entre 5 et 12 % : de 5 à 8 % pour la plateforme auxquels viennent s’ajouter les frais dit « monétiques » de paiement par carte bancaire (3 % en général). Pour certaines plateformes, le prélèvement d’un pourcentage est systématique pour toute campagne mise en ligne, pour d’autres, il n’a lieu que lorsque la campagne atteint le montant initial fixé ou le dépasse (succès).

 

Voilà pour les principales questions à se poser. Revenons maintenant un instant sur les types de crowdfunding. On distingue trois formes d’apports offerts aux internautes :

–       Un don modique, aussi appelé « présent d’usage ». La rémunération de l’épargnant est  sans contrepartie financière mais peut présenter (dans le cas du crowdfunding de type don contre contrepartie) une contrepartie matérielle (par exemple un objet dédicacé, un disque du concert live, un DVD, des tirages photos, un accès au concert) symbolique (mention du nom du contributeur sur divers supports de communication) ou encore événementielle (salut à la fin du spectacle et remerciement, verre avec l’artiste, cours ou concert privé à domicile). Cette forme de crowdfunding est celle adoptée par les ¾ des plateformes dans le monde, la plus connue et utilisée pour des projets artistiques. Des exemples : MyMajorCompany, KissKissBankBank, Ulule, Babeldoor, Kickstarter. Pour certaines plateformes, il peut même y avoir un « retour sur investissement » (c’est le cas de MyMajorCompany où l’on peut devenir, en quelque sorte, coproducteur) : par exemple, la production de la série du spectacle « Tout Offenbach ou presque » au Théâtre de Paris a été financée par l’intermédiaire de la plateforme MyMajorCompany (lien à mettre : http://www.mymajorcompany.com/projects/co-produisez-tout-offenbach-ou-presque/news ) à hauteur de 6341 euros, pour un objectif de 60 représentations, permettant aux contributeurs de récupérer de 30 à 130 % de leur mise en plus de places (en nombre et catégories différents selon le montant misé), de la mention de leur nom et d’un cocktail offert. Toutefois, la perspective d’un retour sur investissement est une motivation de moindre importance dans le crowdfunding culturel.

–       Une participation aux fonds propres de la société créée. La rémunération de l’épargnant se fait alors par les dividendes ou par la plus-value réalisée lors de la cession des titres. Ce modèle, encore rare, n’a jamais encore été utilisé pour la production d’un concert en musique savante mais est plutôt destiné pour le moment à des start-up ou PME en recherche de fonds d’amorçage.

Des noms ? Smart Angels, Anaxago, FinanceUtile, Wiseed, Particeep. D’autres plateformes sont uniquement positionnées sur la mise en relation et la proposition d’outils technologiques pour faciliter la rencontre entre porteur de projet et internaute-financeur : c’est le cas d’Afexios. Certaines plateformes, comme Fondatio, choisie par l’Orchestre Natinal d’Île de France (lien : http://www.fondatio.com/fiche_projet?w_project_id=57 ) pour le financement d’un opéra jeune public, combinent à la fois le don contre contrepartie et la participation aux fonds propres, au choix pour le porteur de projet.

–       Un prêt. Les prêts versant des intérêts ne peuvent être légalement proposés que par des établissements de crédit agréés par la Banque de France. De ce fait, la collecte de fonds pour réaliser des opérations de prêt à intérêt est interdite. Seule la collecte de prêts sans intérêts est ouverte aux particuliers. De nombreuses plateformes se sont spécialisées dans le prêt entre particuliers ou le micro-crédit (souvent avec une dimension solidaire) : Babyloan, Mailforgood, Arizuka, Microworld…

Le montant moyen récolté dans le monde entier tous types de projets confondus à l’issu des campagnes sur les plateformes est de 4100 dollars pour le modèle du don contre contrepartie, 660 dollars pour le don « pur », 85 000 dollars pour l’investissement en capital, 5600 dollars pour le prêt[1].

Comment on s’y prend pour y arriver ?

La suite aux prochains épisodes…

Crédit photo : © François Sechet


[1] Source : Pierre LESCURE, « Mission « Acte II de l’exception culturelle », contribution aux politiques culturelles à l’ère numérique », Ministère de la Culture et de la Communication, mai 2013, p. 348

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À propos de l’auteur

“Terminant un Master professionnel de Gestion et d’Administration de la musique à Paris IV – Sorbonne, je réalise un mémoire sur l’intérêt du financement participatif pour la musique classique. Ce mémoire s’inscrit dans une démarche plus globale : je suis convaincue qu’un rapprochement entre culture et économie en vue de créer une dynamique d’échange, poursuivre des intérêts communs, créer des façons alternatives, innovantes de produire et financer des événements profondément inscrits dans les besoins d’un territoire, pour des citoyens, constitue un avenir durable et pertinent pour la culture, pilier d’une société.”

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