[CULTURE] Le crowdfunding, nouvelle solution de financement pour les musées ?

0

Teschen-Table

Après deux années consécutives de baisse de budget pour la culture, les institutions muséales françaises doivent trouver des solutions alternatives pour préserver le patrimoine. Aux côtés du mécénat d’entreprises, le crowdfunding gagne de plus en plus de parts de marché.

Le crowdfunding et les grands musées français

La situation touche aussi les grands musées comme le Louvre, le musée d’Orsay ou le musée Rodin. En 2010, pour acquérir Les Trois Grâces de Lucien Cranach l’Ancien, chef-d’oeuvre de la Renaissance jusqu’alors détenu par des particuliers, le Louvre avait fait appel au financement participatif. Lancée en 2011, une autre campagne baptisée « Tous mécènes! » avait permis de faire l’acquisition de trois statuettes du XIIIe siècle et de restaurer la célèbre Victoire de Samothrace, une des statues les plus célèbres au monde, et son escalier monumental. En mai dernier, le musée Rodin a fait appel au don privé via la campagne « Billet mécénat 1 euro pour 1 Rodin » en vue d’acquérir un dessin du sculpteur, Celle qui fut la belle Heaulmière ; le principe étant d’ajouter 1€ à son billet d’entrée pour devenir mécène.

L’exemple de la Table de Teschen 

Alors que le musée d’Orsay a annoncé la semaine dernière une campagne pour restaurer L’Atelier du peintre de Gustave Courbet sur Ulule, le Louvre lance cette semaine une collecte de fonds d’un montant d’1 million d’euros via son site www.tousmecenes.fr pour devenir propriétaire de la Table de Teschen, offerte en 1780 au diplomate Louis Charles Auguste Le Tonnelier, baron de Breteuil, chef-d’œuvre de Johann Christian Neuber. « À la fois table et bijou, elle est considérée par sa forme, ses matériaux et la technique employée, comme l’un des meubles les plus étonnants et les plus extraordinaires de son époque. Classée « Trésor national » puis « Œuvre d’intérêt patrimonial majeur », elle est aussi un monument commémoratif de l’histoire européenne », nous informe le site.

La campagne inédite du Centre des musées nationaux

En 2012, le Centre des musées nationaux, sous la tutelle du ministre de la Culture et de la Communication, a fait appel aux « backers » pour soutenir financièrement la restauration de quatre monuments majeurs du patrimoine français : le Panthéon, le Mont-Saint-Michel, les statues Hippomène et Atalante du Domaine national de Saint-Cloud et la « Dame Carcas », emblème de la cité de Carcassonne. Pour encourager les dons, le Centre des musées nationaux promettait d’afficher le nom des donateurs à l’entrée de ces monuments prestigieux, comme l’avait fait le Louvre pour l’acquisition de l’oeuvre de Cranach. Grâce à la campagne sur la platerforme MyMajorCompany, tous les projets ont été financés. Un exemple de réussite qui incitent les musées à renouveler l’expérience.

Les conditions du crowdfunding

Tout projet d’acquisition ou de restauration ne peut procéder par crowdfunding. En effet, l’œuvre choisie doit être prestigieuse, éveiller un intérêt dans l’esprit du grand public et être emblématique de l’institution.  » Depuis plusieurs années, nous réfléchissions à l’œuvre qui pourrait faire l’objet de notre premier appel, déclare Kara Lennon-Casanova, déléguée au mécénat à la BNF. Le Livre d’heures de Jeanne de France, manuscrit royal, enluminé, nous a finalement semblé être le bon choix. La suite montre que les donateurs ont eu un vrai coup de cœur. »

« Ce succès s’explique d’abord par l’attachement des Français à l’histoire et au patrimoine. Le but premier des souscriptions doit être la fidélisation et l’animation du lien avec le visiteur », confie  Jean-Michel Tobelem, directeur d’Option Culture, qui rappelle que ces dons bénéficient d’un dispositif fiscal avantageux (60 % déductibles des impôts). Outre l’apport financier, les campagnes de crowdfunding permettent la visibilité des musées et de créer une relation approfondie avec le public.

Le crowdfunding insuffisant ?

Mais les musées ne peuvent pas se contenter du crowdfunding. Ainsi, le Louvre, le musée d’Orsay et le château de Versailles ont annoncé qu’ils ouvriront leurs portes sept jours par semaine. Bien que les syndicats désapprouvent cette décision, le ministère de la Culture espère qu’un jour d’ouverture supplémentaire pourrait aider à combler le déficit budgétaire des musées.

Partager

À propos de l’auteur

Répondre