[INTERVIEW] Jean Sarkozy – « Notre métier, c’est de fédérer les initiatives. »

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Jean Sarkozy

 

Good Morning Crowdfunding était hier au forum départemental de l’économie sociale et solidaire des Hauts-de-Seine et Jean Sarkozy, vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine, a répondu à nos questions.

GMCF : Bonjour, Jean Sarkozy, alors, comment en êtes vous arrivé à vous occuper de l’économie sociale et solidaire (ESS) ?

Jean Sarkozy  : Bonjour GMCF, en 2009 j’ai monté un groupe de travail avec des élus de la majorité et de l’opposition sur cette question, que je ne connaissais pas à l’origine, parce qu’une association est venue me trouver pour un problème de financement et m’en a parlé. Je me suis dit, tient, c’est intéressant, il y a peut-être quelque chose à faire. On a donc travaillé pendant un an et on a mis en place un programme de développement de l’ESS dans le département. On partait de zéro, on en avait jamais fait et d’ailleurs, peu de collectivités se préoccupaient de cette question. Après les élections départementales en 2011, l’exécutif a été reconfiguré, il y a eu un vice-président en charge de l’ESS. Ayant animé le groupe de travail, j’ai pris cette responsabilité. On a travaillé dans trois directions, la première, c’est la mobilisation des clauses sociales dans le marché public. On s’était donné comme objectif, initialement, d’atteindre 10% de marché public dans le département qui mobilisent des clauses sociales, c’est-à-dire des clauses qui favorisent le retour à l’emploi de public en insertion, très fragile, très précaire. Fin 2013, on a dépassé cet objectif puisque 13,9% de nos marchés comprennent une clause sociale. Cela nous a permis de mobiliser 200 000 heures de travail en insertion et d’aboutir à la création de 400 emplois. Et des emplois durables, c’est-à-dire des gens qui étaient bénéficiaires du RSA, sans activité, et qui ont retrouvé un emploi grâce à cet outil.

Le deuxième point, c’est la création de notre appel à projets. Cet appel fonctionne depuis 2011, on a soutenu 59 entrepreneurs sociaux et mobilisé trois millions d’euros. On a pu grâce à cela, créer directement ou indirectement 450 emplois. Cela nous permet de couvrir sur le département, des besoins différents et d’offrir des services qui n’existaient pas.

Et enfin, on s’est rendu compte que l’ESS était un secteur assez cloisonné et donc qu’il souffrait d’un relatif anonymat. On s’est donc demandé comment organiser une communication pour les acteurs et on a ritualisé ce forum départemental de l’ESS qui se réuni tous les ans, à chaque fois avec un thème particulier, toujours en alliant une partie plénière qui parle de nos résultats et de nos projets et une partie de stand où le networking s’opère, l’acteur rencontre un financeur, un journaliste, bref chacun peut faire son marché et avoir l’écosystème à porté de main.

GMCF : Mais justement, qu’est ce qu’une collectivité comme la vôtre pourrait mettre en place pour favoriser le financement participatif ? On a vu que certaines chambres de commerce lançaient leur plateforme, est-ce que c’est un de vos objectifs ?

Jean Sarkozy : On le fait déjà en soutenant des partenaires, dans le cadre de l’appel à projets, qui sont des représentants d’une autre finance, comme l’épargne solidaire ou le crowdfunding. A un moment, on a pensé mettre en place un dispositif de micro-crédit, et puis on est un petit peu revenu sur cet idée parce qu’il faut qu’on fasse notre métier. Notre métier c’est de fédérer les initiatives et on sera toujours moins bons que les acteurs que vous rencontrez. En revanche comment faire pour stimuler leur créativité, les accompagner, mettre à leur disposition notre carnet d’adresses, pour ne pas entraver leur développement ? Nous avons un petit peu abordé cette question par l’économie collaborative, même si ce n’était pas le sujet central, mais mon idée, c’est de créer un écosystème, un lieu où puissent se rencontrer tous les acteurs de la chaîne, et notamment les financiers. On verra ensuite avec qui on travaille et avec quelle structure, pour l’instant c’est un peu tôt pour en parler.

GMCF : Et pouvez-vous imaginer, dans un futur proche, la création d’un  fond d’abondement susceptible de financer directement les campagnes de financement participatif comme l’avait évoqué Monsieur Montebourg lors de la fête du crowdfunding ?

Jean Sarkozy : Je n’avais pas forcément pensé à cela, mais nous sommes en train de travailler sur un projet, que je trouve très fort et passionnant, on pense à la création d’un campus numérique à la Défense qui allierait à la fois la formation et en même temps le soutient aux start-up. C’est-à-dire qu’on forme des étudiants au numérique et on finance les projets de ces étudiants dans le numérique, l’habitat écologique etc… Pour faire cela, nous aurons besoin d’attirer un fond d’investissement spécifique. Est-ce que ce fond utilisera le crowdfunding ? Je pense que ce sera un levier, mais que ce ne sera pas le seul. Mais en effet ce serait astucieux de s’en servir pour associer différents porteurs. Donc voilà un projet sur lequel nous travaillons activement, j’en dirai plus début 2015.

GMCF : Qu’avez-vous pensé du budget participatif ? Est-ce quelque chose que vous pourriez mettre en place  ?

Jean Sarkozy : Pour l’instant, on y est pas encore, il est vrai que les mentalités politiques évoluent plus lentement. Mais c’est certain que l’économie collaborative aura une incidence sur les pratiques politiques. On voit que la représentativité des élus est contestée, l’affaire dramatique du barrage (de Sivens) l’a montrée puisqu’on conteste la légitimité de politiques mises en place par des élus. Donc comment maintenir l’équilibre entre d’un côté la volonté des citoyens de participer, de mettre leur intelligence et leur information au service de la collectivité, et le besoin d’autorité et de légitimité des élus ? Ce n’est pas simple. Nous ce que l’on fait par le biais de l’ESS est assez participatif, l’appel à projets dispose d’un budget pour financer les lauréats. Et comment ces fonds sont-ils attribués ? Ils sont attribués par un jury composé d’élus et de personnalités qualifiées et donc on va ouvrir les portes du jury aux internautes qui pourront critiquer les projets et poser leurs questions. Indirectement, c’est une façon d’allouer des fonds publics, dans le respect des procédures naturellement, mais en y associant un collège d’acteurs beaucoup plus large, qui ne comprend pas simplement les élus.

GMCF : Merci beaucoup Jean Sarkozy, à bientôt !

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À propos de l’auteur

Après une licence d’économie à la Sorbonne j’ai décidé de me lancer dans le journalisme. Passionné par les nouvelles technologies et après une première expérience dans un journal national, j’ai vu dans le financement participatif un moyen de concrétiser n’importe quelle bonne idée, même la plus farfelue et l’occasion de populariser l’innovation.

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