Rapprochement entre crowdfunding et écoles de mode : les bénéfices

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Si l’émergence des projets mode est plutôt récente dans la nébuleuse déjà bien installée du financement participatif, ces derniers n’en sont pas moins intéressants que les secteurs les plus représentés tels que l’audiovisuel, la musique ou encore l’entrepreneuriat . En effet, la mode prend peu à peu ses marques parmi le panthéon des projets « classiques » et de plus en plus de créateurs se lancent dans l’aventure.

Si j’ai déjà abordé l’intérêt du crowdfunding pour les jeunes créateurs de mode dans un précédent article, j’aimerais aborder aujourd’hui la relation quasi-inexistante entre les écoles de mode et le financement participatif. Même si à ce jour certains acteurs du milieu de la mode semblent ne pas mesurer l’intérêt réel de l’économie collaborative, intéressons-nous aux possibles liens entre les deux.

Edito Mode

Prenons le cas de la France, patrie de la Haute-Couture et de créateurs dont la renommée et le talent ne sont plus à démontrer. Selon l’Etudiant.fr, on dénombrerait sur l’ensemble du territoire entre 50 et 60 écoles ou formations préparant au métier de styliste-modéliste ; qu’il s’agissent d’écoles, de formations publiques ou privées, elles bénéficient d’une renommée spécifique établie par les professionnels de la mode et du textile. Le nombre d’institutions formant à la création textile étant ce qu’il est, ce sont de fait plusieurs centaines de stylistes qui sont diplômés chaque année, soit autant de candidats potentiels à la création d’une marque.

A partir de ce simple constat, on peut en toute logique se poser la question suivante : les écoles de mode ont-elles un intérêt à se rapprocher de l’univers de la finance participative ?

Loin de moi l’idée de dire que ces institutions devraient faire appel au crowdfunding pour financer leurs propres besoins – l’idée n’est pourtant pas si saugrenue, elles devraient bien au contraire l’intégrer dans l’éventail des solutions ou aides qu’elles proposent à leurs étudiants. Cela n’a de secret pour personne : les études artistiques, la mode y compris, supposent un coût élevé, qu’il s’agissent des frais de scolarité ou encore des frais annuels liés aux fournitures.

C’est précisément ce cas de figure qui peut justifier un rapprochement entre écoles de mode et plateformes de financement participatif. Certains diront qu’il s’agit de situations bien trop personnelles pour mener une campagne de crowdfunding ; pour autant, en creusant davantage la question, le financement participatif apparaît comme une solution viable.

Edito Mode

Prenons un exemple tout simple qui, je pense, vous permettra d’y voir plus clair.

C’est l’histoire de Paul, étudiant en dernière année de design de mode et environnement, et dont le jury de diplôme exige de lui la création d’une micro-collection qu’il devra présenter sous forme de défilé. Cumulant déjà ses études avec un emploi étudiant afin d’assurer l’achat des fournitures nécessaires à ses créations, la présentation de sa collection de fin d’études représente un budget conséquent qu’il n’est pas encore certain de pouvoir assumer seul. Si les écoles de mode ou encore les écoles d’art proposent pour la plupart une sorte de coopérative permettant l’achat de fournitures à moindre coût, cette dernière ne lui est pas suffisante pour pouvoir mener à bien son projet de fin d’étude.

Paul est ambitieux et envisage une fois son diplôme en poche, de lancer sa propre ligne de vêtements. Puisque la mode, au même titre que d’autres formes d’art, suppose de fait une prise de risque, l’avenir est donc souvent incertain pour un créateur en devenir. Ma question est donc la suivante : pourquoi Paul n’envisagerait-il pas de faire appel au crowdfunding pour tester la valeur de son travail et réunir par la même occasion les fonds dont il a besoin ?

S’appuyant sur le soutien de sa communauté, il serait en mesure de présenter ses travaux de fin d’année, financés en partie ou intégralement par le crowdfunding, tout en se constituant ainsi une première communauté de « fans » qui devraient logiquement le suivre pour ses projets futurs. On y revient souvent mais au-delà du besoin financier, le crowdfunding se présente aussi comme un premier pas vers la constitution d’une réputation – un incontournable dans l’univers de la mode.

Edito Mode

Le financement participatif apparaît ici comme une passerelle innovante entre la fin des études et le début de la vie active. Un créateur encouragé par son école à se lancer dans une campagne de crowdfunding ne sera que mieux préparé par la suite.

L’intérêt du financement participatif ne profite cependant pas uniquement au créateur, il peut ainsi largement contribuer à l’école elle-même, notamment en termes de renommée. Si de plus en plus d’étudiants en fin d’année font appel au crowdfunding, on ne peut que logiquement supposer une retombée positive pour les écoles de mode à terme. Un projet financé par un étudiant suppose la mobilisation de plusieurs individus autour d’un concept, d’une vision de la mode, et donc d’un couturier en devenir potentiellement « rentable » – ce dernier faisant profiter l’école qui l’aura formé de sa notoriété future. N’oublions pas que les écoles de mode ont un poids souvent décisif dans la carrière d’un créateur puisqu’il emporte avec lui la patte et la renommée de ses enseignants, et celle de son école par extension – si la créativité est reconnue et valorisée, la technicité l’est parfois davantage !

Vous l’aurez compris, le crowdfunding peut et devrait profiter aux jeunes créateurs de mode en devenir, mais également aux institutions qui les forment. Cet exemple illustrera, je l’espère, en quoi le financement participatif est aujourd’hui un outil de communication, et de marketing non négligeable pour l’émergence des talents de demain.

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À propos de l’auteur

« Après une expérience dans la recherche et un Master 2 en gestion de projets culturels, mon chemin a croisé celui d’une chouette spécialisée dans le crowdfunding – et c’est elle qui m’a tout appris sur le sujet ! Gros consommateur culturel, geek en devenir, et amateur de fashion police à mes heures perdues, me voilà Chef de Projet chez Myfashionline.com – site Internet de crowdfunding en cours de lancement et spécialisé dans la mode. J’ambitionne de devenir le Anna Wintour du crowdfunding de la mode ! »

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