Quand le microcrédit et le crowdfunding font bon ménage

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Le crowdfunding a le vent en poupe depuis quelques mois. Ce mode innovant de financement permet de faire le lien entre porteurs de projets (culturels, entrepreneuriaux, solidaires, etc.) et internautes qui souhaitent soutenir financièrement ces projets,  que ce soit sous forme de don, de prêt ou d’investissement dans le capital de l’entreprise.

Si le crowdfunding par Internet est d’abord apparu pour financer des projets artistiques, il s’est rapidement étendu à d’autres secteurs, et notamment au refinancement du microcrédit.

babloan

Le microcrédit, ce sont ces prêts de petits montants, accordés aux personnes qui sont habituellement exclues du système bancaire, parce qu’elles représentent une population trop risquée, sans garantie en cas de non remboursement.

C’est aux Etats-Unis, qu’on voit apparaître, en 2005, la première plateforme de financement participatif à destination du microcrédit ; Kiva site de peer-to-peer lending. Le principe est simple : la plateforme noue des partenariats avec des Institutions de microfinance qui sont implantées localement et remontent les projets des micro-entrepreneurs auxquels elles octroient des microcrédits à la plateforme Internet.

Le site met en ligne ces profils d’entrepreneurs : sur chaque profil la photo de l’entrepreneur est visible et sont indiqués son nom, le montant et la durée du microcrédit qu’il sollicite, son activité et sa situation familiale… L’internaute qui se rend sur le site peut sélectionner parmi un certain nombre de projets en ligne celui qu’il souhaite soutenir et lui prêter la somme qu’il veut.

Une fois remboursé l’internaute-prêteur peut récupérer les sommes engagées ou soutenir un nouveau projet. Cette mécanique de refinancement a un effet de levier considérable sur le terrain, car une fois remboursé l’internaute peut soutenir un deuxième micro-entrepreneur, et ainsi de suite, son prêt ayant de cette manière plusieurs cycles de vie. Sur les plateformes de microcrédit solidaire, tel que c’est le cas pour Kiva aux Etats Unis ou Babyloan en France, le prêt de l’internaute est philanthropique, c’est-à-dire qu’il ne reçoit pas d’intérêt.

Ces sites  apportent ainsi une ressource financière à très bas coût auprès des opérateurs de terrain pour que, à termes, ceux-ci puissent baisser les taux d’intérêt pratiquer auprès des bénéficiaires et avoir une action sociale démultipliée. En effet, les Institutions de microfinance, pour octroyer des microcrédits, doivent se financer auprès des banques commerciales à des taux qui peuvent monter jusqu’à 15%, ce coût est inévitablement affecté auprès des micro-emprunteurs. En apportant une ligne de financement à des taux bien plus bas, les plateformes de crowdfunding de microcrédit solidaire contribuent au développement d’une microfinance centrée sur son impact social.

Aujourd’hui, il existe une trentaine de plateformes de ce type dans le monde ; les ressources issues des crowdfundeurs ne représentent qu’une goutte d’eau dans le secteur du microcrédit mais les sites de financement participatif affichent des taux de croissance à deux voire trois chiffres,  ce qui laisse présager que le crowdfunding pourrait venir soutenir l’essor de la microfinance à hauteur de 10% du financement de l’encours mondial des microcrédits d’ici 10 ans. Car si les acteurs se sont félicités, lors de la campagne pour le Sommet du Microcrédit, que plus de 100 millions de familles parmi les plus pauvres avaient bénéficié de microcrédits dans le monde, le potentiel du marché de la microfinance est estimé à 1,5 milliard de personnes, il reste donc du chemin à parcourir pour favoriser l’inclusion financière (et de fait économique et sociale) des populations en situation de précarité.

Crédit photo : © Babyloan

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À propos de l’auteur

“Au cours de mon Master d’école de commerce spécialisé en Economie Sociale et Solidaire, je me suis intéressée au microcrédit et ai eu l’occasion d’en découvrir les bienfaits au sein d’une institution de microfinance, à Calcutta en Inde, lors d’un stage avec l’association Entrepreneurs du Monde. Convaincue par cet outil, j’ai intègré en 2010 l’entreprise sociale Babyloan (site Internet de crowdfunding en microcrédit) en tant que chargée des relations institutionnelles. Depuis février 2012, je dirige l’association Babyloan networks qui a pour objet la promotion et la sensibilisation à l’économie solidaire et à la microfinance.”

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