Le porno oui, mais avec OffBeatr !

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Revue de Web | GMCF | mer. 02 Octobre

Offbeatr : grâce au crowdfunding, à chacun son porno idéal

Capture d’écran de la version censurée de la page d’accueil d’Offbeatr

Le « crowdfunding », c’est l’alternative aux moyens de financement classiques. Mais les contenus pornographiques étant bannis des sites de crowdfunding « classiques » comme Kickstarter, ses promoteurs ont inventé le leur : Offbeatr.

Lancé en août 2012 par Extra Lunch Money, une startup américaine basée à Los Angeles, Offbeatr fait simple : vous donnez de l’argent au projet que vous souhaitez soutenir.

Si le projet est accepté par l’équipe d’Offbeatr, il est alors soumis au vote des internautes, moyennant des frais d’inscription. En engrangeant suffisamment de votes, le projet devient alors « finançable ».

Films, comic books, jeux vidéo

Du comic book interdit au moins de 18 ans à la littérature spécialisée, en passant par les films fétichistes d’absolument tout, il n’y a pas (ou très peu) de limites.

Plus pointus, des projets de jeux vidéo pornos, « domaine qui souffre d’un problème de financement car souvent, les principaux fabricants de consoles ne veulent pas en entendre parler » explique Stephen des Aulnois, fondateur et rédacteur en chef du site sur la culture porn Le Tag Parfait.

Ben Tao, le PDG d’Offbeatr, expliquait à GigaOm quelques jours avant le lancement du site :

« Instaurer un vote public préliminaire aide à identifier les bons projets que nous n’aurions pas sélectionnés nous-mêmes, et donne aux créateurs de projets [non-sélectionnés] un retour pour améliorer leurs projets, afin qu’ils puissent fonctionner. »

En échange des participations, le créateur du projet propose des « goodies » : DVD, costumes, dédicaces, photos… selon la somme investie. Mais – et c’est là une autre nouveauté – il peut également vendre du matériel digital en ligne. De cette manière, si son projet de parvient pas à être financé complètement, il aura pu tout de même réuni quelques fonds.

Du porno 2.0 au porno 3.0

Offbeatr a su s’insérer dans la tendance que suit le porno depuis quelques années. Avec l’arrivée d’Internet, l’industrie s’est complètement transformée. Adieu cassettes vidéo, bonjour YouPorn.

Le porno amateur et le « user generated content » (les « contenus générés par les utilisateurs ») sont devenus incontournables, créant ce qui est désormais appelé le « porno 2.0 ». Selon Camille Emmanuelle, rédactrice du blog CestCamille, spécialiste de la culture porn :

« Ce qui est intéressant, c’est qu’on voit une réelle volonté de renouvellement de l’image porno, de la part de la nouvelle génération qui n’est pas satisfaite de ce que propose l’industrie aujourd’hui. Ils veulent se réapproprier le sujet. »

Et cette nouvelle génération dispose justement de beaucoup de nouveaux outils, et d’une certaine décomplexion :

« La “génération porn” a vu ses premières images avec YouPorn. A 25 ans, ils assument le côté “génération connectée”, notamment au porno. […] A l’origine de ce genre de sites, ce sont plutôt les jeunes générations un peu branchouilles qui trouvent cool de réaliser leur propre porno. »

Certains voient donc dans ces nouveaux sites l’avènement du « porno 3.0 ». Grâce au financement par des particuliers de petites structures qui cherchent à innover en matière de pornographie, le futur du porno pourrait s’avérer surprenant.

« Une diversité prolongée par le crowdfunding »

Camille poursuit :

« Beaucoup d’autres choses se font aujourd’hui et sont intéressantes, ce site suit une nouvelle tendance qu’avait déjà apportée Internet avec le système de tags [sur les sites pornos, les vidéos sont “taguées” et classées selon ces catégories, afin de diriger les internautes vers leurs préférences, ndlr]. On voit des femmes rondes, des femmes vieilles, des femmes poilues, des femmes qui avant étaient des hommes… Internet a apporté une forme de diversité que prolonge le crowdfunding. »

« Il n’y a pas de porno idéal » rappelle Camille Emmanuelle, « comme il n’y a pas de femme idéale ». Mais à chacun SON porno idéal ? Ce sont justement la force et la limite d’un tel concept. Si chacun peut mettre en chantier son propre projet, correspondant à ses propres fantasmes, pas sûr qu’il trouve écho auprès d’autres internautes. Pour Stephen des Aulnois :

« Chaque consommateur ou client potentiel rêve de son porno idéal et il est extrêmement personnel. L’envie de l’un ne va pas être compatible avec le désir de l’autre, on se heurte alors à un problème dans le fonctionnement même du crowdfunding. »

Et il se montre plus pessimiste quant à l’éventuel succès que pourrait rencontrer le site :

« Je ne pense pas non plus que cela va attirer massivement de nouvelles personnes. Ceux qui veulent un porno “idéal” ou plutôt sur-mesure peuvent se tourner soit vers la “sexcam” en plein boom, soit sur des sites quasi à la demande, comme Clips4Sale qui fonctionne en partie avec un système de “requests” [demandes, ndlr]. Et ça ne touche pas que les fétichistes, de plus en plus de productions et d’actrices montent ce type de studio.

Le crowdfunding n’est finalement qu’un nouveau moyen de financement (surtout pour du “one shot”), une alternative peut-être plus proche du consommateur dans certains cas. Mais il ne va pas changer grand-chose au final. »

Offbeatr n’est pas le seul à avoir lancé l’idée. Le site GogoFantasy propose les mêmes services, et a d’ailleurs déposé le concept aux Etats-Unis.

Lire l’article : http://www.rue89.com/rue69/2013/09/30/offbeatr-grace-crowdfunding-a-chacun-porno-ideal-246062

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À propos de l’auteur

“Après un master II entrepreneuriat, c’est en travaillant sur le financement des startups que j’ai découvert le crowdfunding. Passionné par la nouveauté et le web j’ai co-créé Good Morning Crowdfunding pour faire connaître ce marché."

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